sonja bischofberger

Atelier de soufflage de verre

Rue de Morat 9

Sonja en quelques mots…

Sonja Bischofberger, née en 1968 à Fribourg, fait partie du club très restreint des souffleurs de verre, un artisanat comptant très peu d’experts et dont Fribourg peut se vanter d’en héberger un des plus talentueux. C’est en tout cas un constat fait par la presse locale et régionale ces dernières années, et il suffit de pénétrer dans l’atelier à la rue de Morat pour s’apercevoir que tel est le cas. Car dans cette petite caverne regorgeant de merveilles en verre soufflé, qu’elles soient posées sur la table de travail, sur les différentes étagères ou encore suspendues dans les airs, ce qui frappe, c’est le contraste entre la sensualité du travail exposé et l’atmosphère embrasée, telle une forge, avec le chalumeau cracheur de feu et tous les différents outils charbonnés par ce dernier.

Et en parlant de contraste, venons-en donc à celle derrière le chalumeau qui fait elle aussi figure d’un contraste assez fort. Car à l’opposé de ce travail très technique de mise en forme, avec tout le sérieux et la précision qui s’en dégagent, se cache derrière ces verres filtrants reflétant la dureté des flammes ardentes du chalumeau, une personne à la sympathie des plus chaleureuses, une vraie Bolze qui vous accueille à bras ouverts et qui ne vous prend pas de haut. Plus une attitude d’artiste que de technicienne. Et ça s’explique depuis toujours.

Un besoin de travailler la matière

Car Sonja, c’est depuis son plus jeune âge qu’elle sait qu’elle veut travailler la matière, la comprendre et la maîtriser afin de pouvoir librement la façonner à sa guise, sous un angle plutôt artistique. L’école obligatoire terminée en 1984, on lui conseille de poursuivre les études au collège et d’intégrer une école d’art par la suite. Mais pour Sonja, la pratique prime sur la théorie, et décide alors de chercher une place d’apprentissage, dans un domaine artisanal où la matière se travaille. Ses recherches vont de l’orfèvrerie à la poterie, en passant même par le domaine de technicien dentiste, car oui, dans ce domaine, différents matériaux sont utilisés et modelés. Le verre, c’est par le hasard des choses qu’elle le découvre, en se retrouvant finalement à Ciba-Geigy à Marly comme apprentie souffleur d’appareils scientifiques en verre. La révélation est effective dès le premier jour, où l’entreprise, alors en plein déménagement, stocke tout un tas de cartons remplis de verroteries de diverses formes, « pile devant son nez ». « Ce que je voyais alors, c’était avant tout des formes, et c’est là que j’ai su que je voulais apprendre à déformer et reformer cette matière ».

Mais tout d’abord, il lui faudra apprendre à la travailler cette matière. Ce qu’elle fait pendant dix ans, jusqu’en 1994, en travaillant dans ce domaine de réalisation et réparation d’appareils scientifiques en verres pour laboratoires. Ces grands acquis en main, Sonja sait qu’il lui faut apprendre d’autres techniques pour encore mieux comprendre les possibilités de travailler le verre. Pendant cinq ans, elle voyage alors dans différents pays à coup d’ateliers et de stages, de la Hongrie au Canada où elle est impliquée dans la production de lampes à huile. Mais elle voyage aussi pour apprendre la culture du verre, voir comment les personnes travaillent cette matière différemment, ce qu’elle fait notamment aux États-Unis. « Venant d’un milieu très technique, très masculin, très millimétré, pas du tout créatif », Sonja découvre alors comment le verre peut être travaillé de manière plus artistique. C’est notamment aux Bermudes, où elle passe presque deux ans de sa vie, qu’elle apprend le soufflage à la canne du verre mou, le verre de Murano, ce qui lui change drastiquement la donne, elle qui a toujours travaillé avec du pyrex, un verre dur. Et ce qui lui plait le plus dans ce travail, c’est la sensualité des formes qui en ressortent.

Et cette sensualité, c’est ce qu’elle souhaite ramener au verre dur qu’elle travaille aujourd’hui: « Le verre, on le connaît sous forme rigide, plutôt industriel. En le faisant à la main, je cherche ce côté où on remarque cet artisanat, car le verre a la caractéristique d’être une matière organique, un liquide qui s’est figé ». Ce côté liquide, Sonja le métamorphose et fait en sorte que l’on voit l’aspect travaillé, voir que ce verre a été fondu et modelé. C’est de là que ressort la sensualité de son travail avec le feu, « ça bouge, c’est en perpétuel mouvement ».

Se faire une place avec un artisanat souvent méconnu ou oublié

Malgré la possibilité de s’installer aux Bermudes, Sonja décide de revenir à Fribourg (ouf!). Elle y retrouve la mentalité qui lui est propre et se met alors à son compte. Depuis 1999, Sonja est indépendante et commence par vivre entre petits jobs, expositions et marchés de Noël un peu partout en Suisse Romande. Des pièces « simples », mais qui lui permettent de mettre un premier pied dans l’artisanat, ainsi que de créer un réseau et de se faire connaître. Durant cette période, Sonja a également collaboré avec le sculpteur Res Freiburghaus sur des pièces uniques, et n’a pas écarté le travail technique des verres de laboratoire où la demande persiste. Cette période de réseautage et de reconnaissance, lui permet aujourd’hui de travailler dans son atelier à la rue de Morat les nombreuses commandes privées qu’elle reçoit régulièrement.

Et des commandes privées, il y en a! Sonja me montre une vache qu’elle a réalisée la veille pour le lendemain. Une commande express avec comme seule instruction, la race de la vache en question. Petite recherche d’images sur internet, et hop, tout le reste se fait à coup de créativité et liberté d’exécution. Le résultat est simplement beau. Et si ce n’est pas une commande pour une pièce artistique, c’est aussi des visites pour des réparations ou restaurations. Notre entretien est interrompu par l’entrée d’un client qui arrive devant Sonja avec ce qui semble être un bec en argent d’une carafe à vin en verre. Le client, conscient de la complexité de l’affaire de ce bec cassé, se tourne vers Sonja et lui dit: « donnez-moi de l’espoir! ». Sonja analyse alors le tout et après quelques manipulations chirurgicales, y voit en effet une solution. De cet épisode, Sonja m’explique alors l’importance de la polyvalence. De la réparation à la réalisation d’appareils scientifiques, le travail artisanal ne peut pas se limiter aux créations artistiques. Une diversification qu’elle complète d’ailleurs depuis plusieurs années avec des ateliers pour enfants et adultes.

Fribourgeoise car…

Si l’identité fribourgeoise est indéniable, Sonja n’est pas seulement une Bolze sur les papiers. Née dans le quartier du Bourg et habitant aujourd’hui le quartier de l’Auge, elle éprouve un très grand attachement à l’architecture de la ville médiévale, au bilinguisme de la ville et à la famille. L’Auge, un village très familial en soi, dont elle est clairement l’un des membres et représentative de l’âme qui habite ce quartier.