jean-théo aeby

Cinéaste fribourgeois

Jean-Théo en quelques mots…

Jean-Théo Aeby est un Fribourgeois né à Fribourg en 1943, cinéaste dans l’âme, que vous connaissez surement, si vous pensez documentaire « made in Fribourg » de ces dix dernières années. Enfant du Bourg dans les années 40 et 50, Jean-Théo grandit au sein d’une famille modeste dans ce quartier de la cathédrale, à l’époque des pavés et de la ligne de tram. Éducation forgée par les scouts St-Nicolas, le chant choral aux Marmousets durant les dernières années de l’abbé Bovet, le collège en filière latin-grec, et autres ancrages traditionnels de la ville. À la sortie de l’école, Jean-Théo se dirige vers un apprentissage d’employé de commerce, section comptabilité, dans une entreprise de « charbon » à l’époque où celui-ci était distribué au porte à porte, les sacs chargés sur une charrette tirée par des chevaux. Plutôt attiré par la publicité, il change d’entreprise, toujours dans la comptabilité. Mais là encore, loin de ce qui lui parle, Jean-Théo passe plus de temps à dessiner des gratte-ciels sur la calculette testant ainsi la patience de son patron qui finit par lui dire « qu’il serait temps de voir ailleurs ». Chose faite, et occasion de bifurquer. Son goût pour l’organisation lui donne alors l’envie de monter une société de jeunesse, la Société de jeunesse St-Nicolas. Cercle littéraire, jeux, sports, soirées dansantes aux sons de Max Jendly et Jacques Sperisen, la société est tout de suite un succès. Jean-Théo a 19 ans. On lui propose alors de gérer la future maison de jeunesse de Fribourg encore à l’état de projet. Jean-Théo se forme à Paris comme animateur socio-culturel, mais le projet fribourgeois n’ayant pas vu le jour, il se retrouve en stage à Lausanne, au centre de loisirs de Montelly.

À la même époque, sa fiancée Claudine aujourd’hui sa femme, lui offre une Bolex P2, objet cinématographique phare des années 60 qui trône encore à ce jour, dans son petit studio aménagé dans son sous-sol. Studio qui fait d’ailleurs office de l’univers exploré en images pour ce portrait. Avec cette Bolex et les jeunes de son centre, il réalise ses premiers projets, dont « L’homme, ce numéro », où il a réussi à convaincre les transports lausannois de lui prêter un bus. Après cinq ans passés dans les centres de Montelly et Boisy, petit coup d’existentialisme qui le poussera à ouvrir les portes du monde de la publicité. Expérience rapidement accumulée et complétée par des études de technicien publicitaire et de marketing, la publicité, c’est trente ans de la vie de Jean-Théo. Trente ans durant lesquels il cofondera son agence APW, avant de terminer sa carrière en centrant plus ses activités sur l’évènementiel avec son entreprise APW Évènements qu’il gérera cette fois en solo.

Cinéaste dans une vie parallèle

Où se situe le cinéma que l’on connaît aujourd’hui de Jean-Théo durant toutes ces années de carrière? À la sortie de l’école, le chemin vers des études de cinéma ne lui fut malheureusement pas ouvert. Mais ce goût pour la narration cinématographique a toujours été présente. Cinéclubs de la région, concours gagnés par-ci par-là, Jean-Théo a quand même su mener une double vie durant sa carrière. L’homme de la publicité et de l’évènementiel, s’est toujours trouvé une passion pour le cinéma. Ce n’est au final que depuis sa retraite qu’il s’y est pleinement investi. Tout d’abord à coup de films de voyage, le premier à Vladivostok, à bord du Transsibérien, ce « train pas comme les autres », muni d’une caméra Super 8. La technologie évoluant, Jean-Théo passe de la bobine au VHS, et enfin, au numérique. Dans ses archives, c’est l’histoire des formats vidéo en condensé.

Des films de voyages aux commentaires audio ajoutés en post-production, Jean-Théo commence à se tourner vers les documentaires, s’intéressant notamment aux histoires des gens et abordant des thèmes simples mais profonds. « J’suis un gars qui réfléchit pas mal à la vie, à la mort, j’en parle d’ailleurs. La vie, c’est faire des choses que je peux faire avant que ça s’arrête ». Profiter de cette vie passe alors par découvrir celle des autres. « J’aime bien les gens, ce qu’ils disent. Il y a tellement de vérité dans ce que te disent les gens lorsque tu les rencontres, que tu peux les cerner dans les premières phrases qu’ils te racontent ». Réflexions également axées sur les saisons et « filmer l’éphémère ».

Une narration spontanée et vraie

Quand on pense cinématographie, on pense très souvent esthétique de l’image, rigueur des cadrages, et fluidité des plans. Le style documentaire contemporain reprend d’ailleurs de plus en plus celui du cinéma de fiction. Ces aspects esthétiques, Jean-Théo ne leur donne aucune priorité dans ses réalisations, et pourtant, ce n’est pas le succès qui lui échappe quand on pense aux 12’500 personnes s’étant rendus en 2009 dans les salles pour Ruelle des Bolzes. « Mes films ont beaucoup de défauts techniques, je n’ai jamais fait d’études cinématographiques. Dans les cinéclubs à l’époque, la technique, c’était chasse-gardée. Où j’étais bon, c’était dans la narration, je n’écris pas trop mal, j’ai une voix supportable. J’ai un sens du rythme, je sais prendre quelqu’un, lui poser une question, et voir ce que je peux en tirer, le journaliste en moi ». Et effectivement, c’est bien cela qui fait que ses films fonctionnent. Une narration spontanée car pas liée à un script, et une narration vraie où la caméra semble presque cachée tellement ses interlocuteurs se prêtent facilement au jeu de la discussion. Des discussions libres sans cadre, complétées par un récit narratif en voix-off.

Attention, Jean-Théo reste bien conscient des « préceptes cinématographiques ». Mais opérant seul façon « cinéma d’auteur », le besoin de rester authentique à son approche personnelle, prime sur ces derniers. En effet, de peur à devoir emprunter un chemin imposé, Jean-Théo mise sur une structure libre, explorant le sujet au jour le jour, faisant évoluer la narration de manière spontanée. Un scénario qui s’écrit au fur et à mesure du tournage, et non écrit en amont. Du coup, malgré leur format (durée), ses films ont plus la forme d’un reportage. Mais alors un reportage aux vertus d’un essai, tellement son regard sur le réel, ses questionnements et ses réflexions en ressortent vivement.

Fribourgeois car…

« C’est facile, Fribourg pour moi, c’est ma cathédrale. Quand je quitte Fribourg trop longtemps, je dois revoir ma cathédrale ». Enfant du Bourg et éternel amoureux de sa ville et de sa région, Jean-Théo est non seulement un Fribourgeois, mais bien probablement une figure même du patrimoine. Si ses films expriment logiquement son attachement, c’est surtout sa personne qui fait de lui quelqu’un « d’ici ». Car sa manière d’être dans ses films, sa manière d’aborder les gens, d’engendrer des discussions et de les transformer en histoires, c’est aussi comme ça dans sa vie de tous les jours. Esprit humble et reconnaissant de son vécu, « que Dieu te prête vie » Jean-Théo, et que tu puisses continuer encore et encore à nous transmettre tes histoires.

Note

Récemment Jean-Théo a remis plus de 30 films (8, S8, vidéo) à la BCU pour alimenter le nouveau « Fonds Jean-Théo Aeby ».

Petite filmographie:

  • Ruelle des Bolzes (2008)
  • Sentier des Vaches (2010)
  • Chemin du paradis (2012)
  • Je veux chanter encore (2014)
  • Je suis d’ici (2016)
  • De la cour au jardin du monde II (2018)