carole frossard

Et pis c'est tout

Rue Pierre-Aeby 8

Carole en quelques mots…

Carole Frossard, Fribourgeoise née en 1979 à Lausanne, est une passionnée de design et de mode. D’abord en tant que designer de mode, puis en tant que revendeuse de marques de créateurs suisses dans sa boutique Et Pis C’est Tout. La création, le dessin de mode, c’est la passion première qui l’a amenée à créer sa marque Charlotte au Pays… devenue ensuite Little Chaperon. Et cette passion date d’il y a quelques temps: « En 3e primaire, j’ai dessiné une robe de mariée pour ma maîtresse, et j’étais un peu déçue qu’elle ne l’ait pas utilisé. Idem en 5e primaire, quand j’ai dessiné une collection d’habits pour ma maîtresse qui avait eu une petite fille, une collection Benetton ». Pour Carole, c’était avant tout dessiner et la mise sur papier des idées, plutôt que la couture et la réalisation en soi. Mais ne pouvant contourner cette étape, elle s’y forme et ne regrette en rien, car finalement, ces compétences l’auront amené là où elle est aujourd’hui. Chemin d’ailleurs, aux lignes parallèles, car Carole, ce n’est pas qu’une histoire cousue de mode, mais aussi une histoire rythmée de musique. En effet, notre designer de mode le jour, s’est très vite retrouvée aux platines la nuit, sous le pseudo « Mzelle Charlotte » en référence à la même sainte patronne d’où son prénom est dérivé, ainsi qu’à sa première marque de mode.

Un parcours aux multiples coups de crayon

À la sortie du cycle d’orientation, en 1995, Carole opte pour l’école de couture à Lausanne dans laquelle elle se forme durant une année pour un CFC de créatrice de vêtements. Elle obtient ensuite une place d’apprentissage chez une jeune patronne de 32 ans qui travaillait dans un des ateliers au-dessus de la boutique Angéloz Mode à la rue de Romont. En train de passer son brevet, et assistante à l’école de couture à Fribourg, elle accepte de prendre Carole comme apprentie. Apprentissage terminé, Carole enchaîne avec une maturité artisanale, puis passe avec succès l’examen d’entrée pour la Haute École d’Arts Appliqués à Genève, l’actuelle HEAD, et obtient son Bachelor Design de Mode en 2001. Sans forcément d’ambitions d’aller vivre le « rêve de la mode » à Paris ou autres grandes métropoles, Carole trouve très vite sa vocation grâce à une expérience vécue lors d’un stage à Genève dans une boutique vendant des marques de designers suisses, tenue par la styliste Natalia Solomatine qui fut l’une de ses enseignantes à la HEAD. Avoir son atelier et vendre des marques locales, c’est ce qui lui parle.

Après sa formation, Carole reste encore quelques temps à Genève, à la recherche d’un job alimentaire et trouve un temps partiel dans la chaîne de magasins Tally Weil. Pas forcément la vision de base et l’objectif à long terme, mais c’est là qu’elle apprendra notamment le monde de la vente et du conseil à la clientèle. D’ailleurs, c’est sa démarche honnête que les gens retiendront, bien que parfois à l’encontre du principe de la course aux chiffres. C’est aussi durant cette époque Genève, pendant et après sa formation, qu’elle découvre le monde du mix à travers son amoureux de l’époque sur Bulle qu’elle retrouve les week-ends. Lorsque son job chez Tally Weil la ramène à Fribourg, Carole revient sur Bulle et y trouve ensuite un local-atelier ainsi qu’un petit job sur deux jours dans un magasin de tissus. Dans son local, elle commence par faire des retouches et du sur-mesure, puis se lance dans la création de petites collections qu’elle met en dépôt-vente dans la boutique Magellan à Bulle, qui à l’époque, proposait deux, trois créateurs locaux. C’est ainsi que Charlotte au Pays… est née, nous sommes en 2005. Parallèlement, Carole commence à mixer dans différents lieux sur Bulle pour compléter son salaire.

Puis tout devient une question d’expériences diverses et variées apportées par le bouche-à-oreille. Carole se souvient notamment d’un mandat intéressant chez Pilot Design, un studio de design et communication basé à Lausanne, pour lequel elle se retrouve à créer un produit VIP, un porte-document, pour le groupe Philipp Morris International et sa marque Marlboro dans le cadre des Grands-Prix d’Angleterre et de Monaco. Cent-cinquante pièces à elle toute seule, un travail titanesque, sans compter les péripéties comme la fois où son amoureux de l’époque a dû l’aider à redécouper des pièces de mousse pour une erreur de 5mm. Chemin à spirales donc, qui l’a amené à réaliser des chemises d’accordéonistes pour un tailleur de Bulle, ou encore des t-shirts promotionnels pour le groupe Bacardi-Martini. Et ce, toujours par l’effet bouche-à-oreille.

Crayon posé mais pas pour une vie posée!

Un jour, Noémie, une autre mordue du tissu, effectue un stage chez Carole. Plus ou moins du même âge, l’entente est assez rapide, et les deux remarquent très vite une envie commune de trouver un atelier sur Fribourg, de par leurs contextes respectifs de l’époque. Elles commencent alors leurs recherches, et finissent par tomber sur l’actuel local de la rue Pierre-Aeby, autrefois galerie d’art et atelier de peinture. Mais leur idée étant aussi d’utiliser les arrière-salles pour de la couture, la configuration du local leur semble tout simplement parfaite, et leur concept convainc les propriétaires. Printemps 2010, Et pis c’est tout ouvre ses portes, « das isch alles! ». Titre d’enseigne inspiré d’une recherche de nom autour d’un verre avec Noémie, les deux convaincues de ne pas tenter de jeux de mots avec « fil » ou « aiguille », et plutôt parties pour quelque chose comme « Moustache » ou « Tabouret ».

Pour financièrement alimenter le tout, c’est aussi vers l’enseignement que Carole s’est tournée. D’abord pistonnée à l’école de couture de Lausanne pour des cours de base sur les matériaux pendant deux ans, puis auprès de l’ERACOM lorsque l’école de couture s’y est rattachée en 2013. À l’ERACOM, elle obtient ensuite des heures d’enseignement pour des cours de dessin technique. Le fait de redonner récemment des cours de dessin de mode, lui a d’ailleurs fait resurgir l’envie de prendre le crayon, au point de se retrouver l’année dernière dans la résidence d’artistes Arc à Romainmôtier dans le Jura-Nord vaudois. Quel plaisir de retrouver cette liberté de création, mais consciente que pour en vivre, la créativité doit s’aligner sur ce qui se vend, Carole préfère remettre à plus tard pour de futurs projets, ses envies conceptuelles en textile. Car ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est de voir les gens porter ses créations. Elle se souvient à Genève d’avoir vu passer une femme portant sa jupes à vélo, avec comme réaction aux côtés de son compagnon de l’époque: « C’est ma jupe! C’est moi qui l’ai faite! »

Aujourd’hui, Carole conserve son équilibre de vie mêlant actuellement enseignement et sa boutique. Ses créations Little Chaperon, nom qui succède à Charlotte au Pays…, toujours en référence au monde des contes, mais cette fois aussi au nom de jeune fille de sa mère, continuent d’être exposées et vendues dans la boutique aux côtés de vêtements de d’autres créateurs suisses, particularité unique de son assortiment. Et pis c’est tout fait également partie de La Shopperie, à la Fonderie 11, un concept store fonctionnant en association et regroupant des labels dont ceux de Graine de Shopping, Kieed et le sien. À long terme, La Shopperie deviendra l’unique quartier général de Et pis c’est tout, car Carole souhaite désormais trouver et retrouver un peu de temps pour elle, et surtout, pouvoir s’impliquer dans de nouveaux projets artistiques et de création textile. Quant à la musique, Mzelle Charlotte continue d’animer les nuits fribourgeoises, mais seulement pour des occasions ponctuelles et projets qui lui plaisent, faute de temps notamment.

Fribourgeoise car…

Pour celle qui pour finir aura troqué le soleil gruyérien contre le brouillard fribourgeois, pris ses quartiers professionnels dans le Bourg et ses quartiers personnels dans l’Auge, animé différents lieux nocturnes de la ville, je pense que le « Fribourgeoise car… » ne se pose même pas. À Fribourg, son style devient original plutôt que décalé et peut se permettre sans trop de crainte de se balader en ville avec manteau rouge, pomme verte cousue sur la manche et lunettes bleues sans forcément avoir le droit à un « tcheu c’est fini Carnaval! ». Carole a pu voir par elle-même le changement de mentalité face à l’offre commerciale plus étoffée de ces dernières années. Fini l’obligation psychologique d’aller faire son shopping à Lausanne ou à Berne, au vu du fleurissement des boutiques originales à Fribourg. Une ville à la taille avantageuse avec son unique mélange linguistique pile poil sur la frontière. Mais taille parfois « trop avantageuse » si l’on craint de se montrer à la Motta devant tous ses clients qui sont du coup aussi d’ici. Enfin, un rapport taille / offre culturelle dont elle estime que les Fribourgeois et Fribourgeoises sont chanceux d’avoir, et qui serait presque une raison suffisante pour Carole de sentir à la maison.