amaëlle o’brien

Le Bilboquet

Route de la Fonderie 8

Amaëlle en quelques mots…

Amaëlle O’Brien, Fribourgeoise née en 1978 à Fribourg, est une animatrice radio que vous connaissez aussi très probablement en tant que présidente de l’équipe du Bilboquet à Fribourg. Issue d’une famille plutôt « marginale » avec une mère artiste peintre et un père touche à tout, d’opérateur cinéma à grand passionné de littérature et de musique, Amaëlle grandit dans une maison où règne une très grande ouverture musicale, philosophique et littéraire. Et cet environnement, vous le pensez bien, aura quelque peu influencé sa personne. Dès son enfance, Amaëlle s’oriente déjà vers le monde de la radio d’une part, et celui de la culture d’autre part. À huit ans, elle enregistre des cassettes avec ses copains: « c’est ce que je savais faire et ce que j’aimais déjà, entendre les voix, lire et enregistrer ». Ne trouvant pas ses repères au collège, elle quitte ce dernier après les deux premières années. Soutenue par ses parents, convaincus qu’elle doit faire ses expériences par elle-même, elle travaille dans un pub et finit par atterrir à Unimix, la radio de l’Université, grâce à ses connaissances du monde du théâtre, avant de se faire remarquer et engager auprès de Radio Fribourg en 1999.

En parallèle, ce qui l’a amené à la culture, c’est justement le théâtre qu’elle pratique déjà à l’école, influencée aussi par des émissions comme « La Classe » sur France 3, qu’elle regarde tous les soirs. « Je connaissais tous les humoristes ». Après les troupes d’écoles, Amaëlle continue le théâtre au sein de troupes amateurs, dont celle du Théâtre de la Cité. Elle est même allée jusqu’à accompagner un copain à Paris inscrit au Cours Florent, et avec qui elle a fait du pantomime dans les rues parisiennes. « Mais, ça s’est arrêté là pour moi ». Le choix devait se faire : être sur scène ou bien dans les coulisses? Tel fut le contexte qui l’accompagna dans son aventure avec Le Bilboquet.

La scène et le micro

Le monde de l’humour, qu’elle chérit depuis son enfance, elle le retrouve dès le début de son histoire avec Le Bilboquet, qui commença d’ailleurs aux premières heures de vie de ce dernier en 1995. « Quand j’ai entendu qu’il y avait Tex à Fribourg au Bilboquet, à l’époque aux Grands-Places, je suis allée voir, j’avais dix-sept ans ». Et là, c’est le déclic: « fallait que je sois dans le coup! » Après être allée voir deux trois spectacles, Amaëlle s’empresse de rencontrer Thierry Loup, le fondateur du Bilboquet et actuel directeur de la fondation Equilibre-Nuithonie. « Est-ce que tu cherches du monde pour le bar? ». Chose faite, Amaëlle se retrouve à faire tous les spectacles. Tout de suite amoureuse du lieu et de la vie qui s’y déroule, elle est catégorique : « moi, je peux habiter ici ». Contre une petite rémunération, Amaëlle prend alors la responsabilité de maintenir ce lieu qui lui est cher. Elle se retrouve à travailler le soir, tandis qu’elle passe du temps avec les artistes l’après-midi. Après un an cependant, Thierry Loup lui demande : « tu vas pas faire ça toute ta vie? » Amaëlle, du haut de ses dix-huit ans:  « bah, si, c’est cool! »

En 1997, le Bilboquet s’installe à la Fonderie, et Amaëlle devient de plus en plus impliquée. Avec Thierry Loup investi au Théâtre du Passage à Neuchâtel, ce dernier continue surtout de contribuer à la programmation et de venir au comité. Mais c’est déjà bien Amaëlle et son équipe, dont notamment le technicien de l’époque, qui gèrent au final le tout sur le terrain. À sa nomination pour la fondation Nuithonie, Thierry Loup est sur le point de lâcher le Bilboquet. « Soit tu le reprends, soit il meurt ». Opportunité unique qui en plus tombait parfaitement à temps. Avec son mari, ils reprennent alors les rênes à deux. Aujourd’hui, mère de deux enfants, un job à la radio, un job à la RTS, Amaëlle est moins impliquée qu’à l’époque, et passe la main à Brigitte Antenen, qui a su dynamiser la programmation et la vie des lieux ces deux dernières années. Malgré ces changements de personnes, l’identité du Bilboquet n’a jamais été tranchée. « Thierry Loup a ouvert le premier café-théâtre de la ville dédié aux humoristes. Quand j’ai repris, j’ai conservé ceci ». Et il en reste de même aujourd’hui avec la nouvelle directrice, qui a ajouté à l’arc de la programmation, des spectacles pour les tout-petits.

Le Bilboquet, cette âme soeur

« En prenant du recul, je vois que je ne sais pas vivre sans radio, mais pas non plus sans Le Bilboquet, et ce, depuis mes dix-sept ans ». L’âme des lieux. Voilà plus de quinze ans que les murs d’ici ont absorbé tant de vécu. Pour Amaëlle, il n’y a pas d’endroit plus impressionnant que Le Bilboquet sur ce plan-là. « Une heure avant le spectacle, quand la salle est prête, que les lumières sont allumées avec les petites bougies sur toutes les tables, je me pose seule, et là, j’entends les murs, c’est hallucinant ». Atmosphère due non seulement aux incroyables équipes qui ont fait tourner le café-théâtre, mais aussi tout ce passage d’artistes et de spectateurs qui ont également imprégné les lieux de leur bonheur partagé. Et cette atmosphère se densifie toujours et encore aujourd’hui, avec une équipe si présente, familiale et investie, que les portes sont quasiment tout le temps ouvertes, créant ainsi un passage d’autant plus vivant. Un investissement qui de plus est bénévole: « cet été, les garçons ont refait toute l’entrée sur leur temps libre, car Le Bilboquet c’est Le Bilboquet ». Tout cela récompensé par le fait que chaque artiste qui vient ici leur dit: « j’ai jamais vu un truc comme ça! » Ce qui reste peut-être aussi la principale source de motivation. Au final, « t’es à la maison, et t’as pas envie de partir ».

« Le Bilboquet m’a construite ». En côtoyant des artistes dès l’âge de dix-sept ans, Amaëlle s’en est prise des « claques émotionnelles ». « Quand tout à coup, t’as Sarclo et ses musiciens en résidence pendant une semaine au Bilboquet, et toi tu passes tout ce temps-là avec eux de manière incluse, tu vis tellement de choses, et tout à coup, ça se termine. Le samedi à 3h du mat, ils plient bagages, « c’était super, t’es super et puis tcho bonne ». Et toi, tu te réveilles dimanche matin dans ton pieu, c’est la fin du monde ». Anecdote qui semble bien résumer ce qu’Amaëlle a vécu sur le plan émotionnel toutes ces années.  Un vécu devenu apprentissage de vie, car cela lui a permis d’apprendre à relativiser les relations humaines. « Tu peux partager des trucs hyper forts, hyper sincères avec des gens pendant une soirée ou plus, et puis ils s’en vont, t’oublient et la vie continue ». Des artistes qui ne font que passer, mais d’autres avec qui elle a su rester en contact. À titre d’exemples, Amaëlle se remémore le premier spectacle ayant inauguré l’emménagement à la Fonderie, celui du duo belge, les Frères Taloche. Ou encore une nuit absolument incroyable avec Marianne James, lorsqu’elle s’était produite à l’Espace Moncor, et avec qui ils étaient tous revenus manger au Bilboquet pour une soirée s’étant prolongée jusqu’à six heures du matin. Enfin, un petit moment de fierté personnelle, lorsqu’elle réussit à organiser la venue d’Elie Semoun quand ce dernier, via le directeur du Festival de Montreux, est venu « tester » son spectacle au Bilboquet. Une personnalité arrivée dans le petit café-théâtre fribourgeois armée de ses petits sarcasmes amicaux, frottée à la personnalité rentre-dedans d’une jeune Amaëlle protectrice des lieux, pour finir en soirée mémorable rythmée par un échange non-stop de vannes bon enfant.

Fribourgeoise car…

Amaëlle a la culture dans le coeur. Et pour elle, son attachement à Fribourg est aussi logique que la logique du « quand t’es né au bord du lac, t’as besoin de rester au bord du lac ». Née à Fribourg et y ayant grandi, c’est aussi ici que son réseau professionnel se trouve, en plus de ses proches. Réseau alimenté par Le Bilboquet, mais aussi par Radio Fribourg qui l’implique encore davantage dans le tissu culturel fribourgeois. Toutes ses habitudes sont là, et Amaëlle sait qu’elle risquerait bien d’être malheureuse ailleurs. Mais ce cocon fribourgeois dont elle tisse quotidiennement les fils, et sa forte identité fribourgeoise, ne lui donnent pas non plus un sentiment de réclusion.  « Quelque part, j’ai l’impression que je compense, car comme je suis allée pêcher mon mari moitié Allemand, moitié Irlandais à Londres qui a vécu un peu partout sur la planète, qu’on parle anglais à la maison, que nos filles sont bilingues, j’ai pas non plus l’impression de m’être enfermée ». Et comme beaucoup l’ont déjà témoigné à travers ce projet, ce qui fait qu’elle tient à Fribourg, c’est aussi pour son énorme offre culturelle qui s’étoffe toujours davantage, laissant de moins en moins de personnes nier ce fait. Offre qu’elle fait profiter à ses filles, elles qui ont appris à marcher au Bilboquet et y ont vu leurs premiers spectacles.