barbara schopfer

Le Cadre à Dorer

Place des Ormeaux 1

Barbara en quelques mots…

Barbara Schopfer, Fribourgeoise d’adoption née en 1991 à Lausanne, est une doreuse-encadreuse, fraîchement installée dans l’atelier de la Place des Ormeaux, désormais intitulé, « Le Cadre à Dorer ». À la sortie de l’école obligatoire, Barbara poursuit ses études au gymnase, dans une idée un peu différente de ce qu’elle entreprend aujourd’hui: devenir infirmière ou sage-femme. Mais depuis toute petite, c’est bien tout ce qui touche à la création et aux travaux manuels qui la passionne. C’est ainsi qu’en arrivant à la fin du gymnase, se disant que les études supérieures ne seraient pas forcément faites pour elle, elle décide de s’orienter vers un apprentissage. En s’informant sur les métiers artisanaux et manuels, elle découvre celui de doreur-encadreur.  Se reconnaissant toute de suite dans les qualités décrites, elle parvient à trouver un stage chez Anouk Smetana à « L’atelier du cadre » à Puidoux. Après seulement deux jours de stage, le sentiment est clair: « j’ai trouvé ce que je veux faire! ». En 2011, elle conclut ses études de gymnase et décroche un apprentissage auprès de cet atelier. Quatre années d’apprentissage, où elle effectuera les cours à Berne, un premier signe de rapprochement des terres des Zaehringen.

En 2015, elle obtient son CFC de doreuse-encadreuse. S’en suivent petits boulots et travaux en ateliers pour garder la main. Déjà intéressée par Fribourg durant sa dernière année d’apprentissage, Barbara voit qu’il semble y avoir de la place dans l’activité de la dorure. Elle prend alors contact avec Madeleine Siffert de « La Bulle », dans le contexte de son activité d’encadreuse (ça vous rappelle un portrait?). Étant donné l’aspect complémentaire de la dorure, cette dernière lui conseille de voir Donatienne Berset, qui avec son mari, vous le savez peut-être, étaient les anciens propriétaires de cet atelier des Ormeaux. Durant l’été de la même année, après quelques coups de téléphone, Barbara décide de leur rendre visite. Une visite qu’elle ne risque pas d’oublier, car elle aura duré toute une après-midi, « un moment incroyable » lui révélant toute leur sympathie et générosité. Elle commence alors à venir donner quelques coups de main, et en janvier 2016, elle s’installe dans une des pièces de l’atelier, en tant que colocataire, pour son activité de dorure. Désormais installée à son compte, elle peut d’une part se faire un peu connaître tout en continuant de voir comment les Berset travaillent et apprendre un maximum d’eux. Le mois de septembre suivant, Barbara reprend intégralement l’atelier. Moment difficile pour ceux qui ont fait vivre ce dernier pendant de nombreuses années, et très grand challenge pour Barbara, mais au final, un « passage de main » qui s’avèrera être la meilleure chose pour tous. Épaulée jusqu’en janvier 2017, elle gère depuis à elle seule l’atelier, mais avec le soutien des Berset qui restent à sa disposition au besoin. Très consciente de la chance qu’elle a eue, Barbara leur est extrêmement reconnaissante pour cette opportunité unique de reçue.

Rattrapée par le besoin de créativité

Dès l’école primaire, Barbara n’avait d’yeux que pour le jour de peinture et bricolage. « J’étais toujours au taquet! » Idem avec les cours de dessin par la suite, puis avec l’histoire de l’art qu’elle choisit comme option au gymnase. À la maison, cet engouement s’est aussi toujours exprimé. Avec sa soeur, elles bricolent et peignent. Ce besoin d’exprimer sa créativité, Barbara le fait également via la musique durant l’adolescence. Toujours plein d’idées en tête, et constamment cette envie « d’inventer des trucs », de réaliser des choses qu’elle a envie de faire: « un jour, pendant mon apprentissage, il y avait ce mur blanc dans ma chambre. J’ai pris un mètre, tiré des traits avec des fils et des épingles tous les 30cm, et j’ai écrit des paroles de musique que j’aimais bien à la peinture ».

Aujourd’hui, c’est à travers ses activités d’encadrement et de dorure, que s’expriment sa créativité. Je vois Barbara au travail, sur la création d’un cadre et d’un passepartout. Tel une architecte dessinant des plans, je la vois tirer des traits, de manière très mathématique et précise. Les gestes sont soignés et s’enchaînent en toute finesse. Puis nous passons à la dorure. La feuille d’or est délicatement sortie de son étui puis manipulée avec dextérité avant d’être posée sur le cadre préalablement verni. Des gestes qui paraissent si simples, depuis derrière mon objectif, et pourtant, qui sont bien le signe d’un savoir-faire maîtrisé et d’une attitude concentrée et appliquée.

Un travail méticuleux au service de l’art et autres curiosités

« La dorure est quelque chose d’assez complexe. On part du bois brut, et de là, on peut faire tout ce qu’on veut au vu de toutes les techniques d’ornements qui existent ». Gravure, techniques avec peinture, poinçonnage, ciselure, l’idée clé reste d’adapter la dorure à l’oeuvre concernée. « Par exemple, si le bleu est dominant dans l’oeuvre, on passe une couche de bleu sous la dorure, qui devient alors « visible » avec le temps et l’usure, quelque chose que j’adore ». Des tâches complexes et minutieuses qui demandent beaucoup de patience, mais qui laissent une liberté totale de créativité. « Poser la feuille d’or, c’est vraiment la « cerise sur le gâteau », car cette étape finale est précédée par beaucoup d’autres, comme le ponçage et la peinture, qui nécessitent beaucoup de temps et de soin ». Patiente de nature, c’est une patience passée à un niveau supérieur avec ce métier. Mais cela au prix d’une satisfaction incroyable à la fin, « de savoir qu’on est parti du bois brut pour arriver à quelque chose de beau ». Au-delà des cadres, Barbara est aussi mandatée pour restaurer certaines pièces, comme celles qu’elle a récemment reçues de l’église de Belfaux. Mais les applications ne se limitent pas au bois.  Un jour, elle a eu à faire à une coquille d’escargot. Plus méticuleux, ne cherchez pas trop loin!

Quant à l’encadrement, c’est une activité plus mécanique. « Je reçois des baguettes de trois mètres de long, les coupe à la scie, effectue les coupes d’onglet, assemble le cadre et l’agrafe avant de poser encore le verre et le passepartout ». Un travail manuel nécessitant un outillage assez conséquent, quelque chose que Barbara adore. Mais cette activité d’encadrement, c’est avant tout du conseil à la clientèle, un autre aspect qui l’a attirée dans ce métier. « Le client rentre tout aussi bien dans l’atelier avec une idée fixe qu’avec aucune idée ». Ce que Barbara encadre ou restaure joue bien entendu un rôle important. « En commençant, je me demandais ce qu’on pouvait encadrer autre que des oeuvres d’art ». Oeuvres d’art qu’elle voit régulièrement passer, mais la variété de ce qu’elle reçoit va au-delà de ce qu’elle pensait. À titre d’exemple, elle a tout récemment eu la demande d’encadrer un limule (n.d.l.r. vous avez entièrement le droit d’effectuer une recherche, si vous ne connaissez pas cette bestiole, ou si vous avez un doute, c’était le cas pour moi). Cadre en relief avec travail délicat de fixation. Un travail encore plus délicat, fut celui qu’elle a effectué pour Le Cintra lors de son renouveau récent, avec l’encadrement d’une combinaison de Jo Siffert. Au final, Barbara voit passer oeuvres d’art, gravures, broderies, toiles sur chassis, mais aussi des dessins d’enfant, ou encore des dessins de presse, comme j’ai pu entrapercevoir parmi ses projets en cours.

Fribourgeoise car…

Personnellement, quand on a été en contact avec l’ADN de Jo Siffert, l’identité fribourgeoise est automatiquement greffée! Habitant le quartier du Bourg depuis maintenant un an, le sentiment plus que positif que lui ont légué les Berset est quelque chose qu’elle a tout de suite retrouvé en s’y installant. Une ville et un quartier dont la beauté l’inspire et l’a tout de suite éblouie. « La première fois que j’ai descendu la rue de Lausanne, je me suis dit que c’était tout simplement trop beau ». En tant qu’artisane, c’est aussi la présence de tous les artisans dans le quartier, ce qui le rend aussi vivant à ses yeux. Maintenant avec la chance d’avoir pu reprendre cet atelier et d’avoir trouvé un logement à quelques pas, Barbara se sent bien établie et a bien l’intention de rester.